Énergie, énergie…, de quoi parle-t-on ?

 

Définir le principe d’« énergie » dans le cadre des thérapies alternatives ou des croyances ésotériques demande de naviguer entre des traditions millénaires, des approches holistiques et des concepts qui s’éloignent souvent de la définition strictement physique du terme, en lien par exemple avec la thermodynamique.

Lançons quelques réflexions de nature sémantique puisque le même mot recouvre plusieurs niveaux de sens…

Une force vitale universelle

Pour la majorité des thérapeutes alternatifs, l’énergie est plus qu’une simple mesure physique de travail ou de chaleur, mais consisterait en une force vitale qui traverse et anime le vivant. Diverses cultures lui donnent un nom différent, mais le concept reste similaire. Les uns parlent du qí ou chi, dans le cadre de la médecine traditionnelle chinoise, faisant allusion plus spécifiquement au souffle qui circule par les méridiens. Dans la tradition indienne, avec l’ayurveda, le prāṇa est l’énergie vitale absorbée par la respiration et l’alimentation, circulant via les nadis. Il n’est pas seulement la respiration physique, mais est pensé comme le principe de vitalité qui anime l’organisme et relie le vivant au souffle cosmique. Dans la Grèce antique le « souffle de vie » portait d’ailleurs le nom de pneuma.

L’énergie en tant qu’information

De nombreux praticiens modernes s’appuient sur une interprétation, souvent métaphorique, de la physique quantique. Ils considèrent tout d’abord que tout est vibration, autrement dit que la matière est vue comme de l’énergie densifiée. Plus la fréquence est basse, c’est le cas de matières comme la pierre, plus le processus se déroule avec lenteur. Plus elles sont basses, plus nous entrons dans un état de rêve éveillé. Un organe en bonne santé vibrerait à une fréquence spécifique qui lui est propre. Un organe malade aurait une fréquence plus élevée que sa normale.

Le corps produit des courants électriques, en particulier au niveau du cœur et du cerveau, ainsi que des champs magnétiques. On parle alors de champ bioélectromagnétique. Les thérapeutes considèrent que ces champs contiennent des informations sur l’état de santé global de la personne, selon la manière dont ils évoluent.

La circulation

L’énergie ne stagne pas ; elle suit une anatomie subtile qui se superpose au corps physique. Les blocages dans cette circulation sont, selon ces approches, la cause des déséquilibres physiques ou émotionnels. Les termes suivants sont devenus familiers : les Chakras, des carrefours énergétiques situés le long de la colonne vertébrale, agissant comme des transformateurs. Ou encore les méridiens, un réseau de transport distribuant l’énergie à travers tout l’organisme.

Que disent la science académique et la philosophie ?

En physique l’énergie est une grandeur scalaire (E=mc2) mesurable et transformable, liée à la capacité d’un système à produire un travail, à transférer de la chaleur, à se transformer ou à provoquer un changement. En économie et en ingénierie, on parle alors surtout d’énergie comme ressource et service — pétrole, gaz, électricité, chaleur, rendement, conversion, coût, sécurité d’approvisionnement.

D’un point de vue philosophique, l’énergie désigne plutôt la puissance d’agir ou le dynamisme de l’être. Chez Aristote, le terme grec energeia renvoie surtout à l’actualité, à l’être-en-acte, par opposition à la simple puissance ou possibilité. Et en simplifiant la pensée de certains philosophes, histoire de montrer la diversité des approches : chez Freud, l’énergie est psychique et pulsionnelle ; chez Spinoza, puissance d’exister et d’agir ; chez Bergson, impulsion vitale créatrice ; chez Nietzsche, intensification de la puissance ; chez Schopenhauer, force métaphysique du vouloir.

Parlons ésotérisme et spiritualités

Dans ses dimensions religieuses et ésotériques, l’énergie renvoie souvent à une force vitale, spirituelle ou subtile, avec un sens symbolique, cosmologique ou expérientiel. Mais le mot “énergie” n’est pas toujours central ni défini de façon unique.

Par exemple, en Asie du Sud et de l’Est, ce que l’on traduit par « énergie » peut désigner tantôt un souffle vital, une puissance cosmique, une force d’animation du vivant, voire encore une vigueur spirituelle ou un effort intérieur. Toujours dans l’hindouisme, surtout dans les courants tantriques et shakta, un autre terme est central : Śakti. Ici, « énergie » ne désigne plus d’abord le souffle vital individuel, mais la puissance divine active, puissance de manifestation, de création et d’action du réel.

Dans la pensée religieuse chinoise large et le néo-confucianisme, le qì est considéré dans un monde pensé non pas comme une juxtaposition de substances fixes mais conçu comme un jeu de transformations, de polarités et de circulations. Tout ce qui existe est ainsi composé de qì, dans des états plus ou moins subtils et servant de médiation dynamique entre matière, vie et esprit. Par ailleurs, le sens bouddhique de base du mot « énergie », faisant abstraction des influences ultérieures d’origine indienne, n’est pas exactement celui du prāṇa hindou ni celui du qì chinois : il renvoie d’abord à l’effort juste, à la vitalité de la pratique, à la capacité de transformer l’esprit.

Dans le monde amérindien, l’“énergie” désigne moins une force abstraite qu’une puissance vivante, sacrée et relationnelle, présente dans les personnes, les animaux, les lieux, les objets, les chants et les rites, et toujours liée à un ordre du monde, à des obligations de respect et à des relations avec d’autres qu’humains.

Dans le cas spécifique des thérapies “alternatives”, l’énergie est donc un concept phénoménologique*. Elle se ressent, se dirige par l’intention (le « magnétisme ») et se travaille de manière intuitive. Elle n’est pas encore détectable par les instruments de mesure conventionnels de la même manière que l’électricité domestique. L’énergie pour un thérapeute alternatif est le lien invisible entre le corps, l’esprit et l’environnement. C’est un courant dynamique dont l’équilibre et la fluidité garantissent la santé globale (homéostasie**).

En conclusion

Si l’on veut donc donner une définition globale du mot « énergie » dans le monde religieux oriental, la formulation pourrait être la suivante : l’« énergie » y désigne non une grandeur physique mesurable, mais un principe dynamique du réel, du vivant ou de la pratique spirituelle.

Selon les traditions, elle peut être comprise comme souffle vital (prāṇa), puissance divine créatrice (śakti), trame psychophysique du cosmos (qì/ki), ou vigueur intérieure de l’éveil (vīrya). Le point commun entre ces sens est l’idée d’un dynamisme fondamental : ce par quoi la vie s’anime, le monde se transforme, la conscience se discipline et le sacré se manifeste. La différence majeure avec la physique moderne est que cette « énergie » est d’abord une catégorie spirituelle, cosmologique, anthropologique ou sotériologique (se rapportant à la doctrine du salut de l’âme ou à la libération de l’être humain face à une condition jugée insatisfaisante), et non une grandeur expérimentale mesurée en unités.

Dans la culture ésotérique occidentale, l’usage moderne du mot s’est formé plus tard, quand des courants de guérison, de magnétisme et d’occultisme ont commencé à décrire l’invisible avec un vocabulaire emprunté à la philosophie naturelle et aux sciences. Ce sera le cas de Mesmer au XVIIIe siècle avec son “fluide magnétique” universel ou de l’Od de Reichenbach, présenté comme une force universelle liée au magnétisme et à l’électricité, censée imprégner le vivant et la matière).​​ Puis vers la fin du XIXe siècle et le début du XXe, avec la Théosophie, le New Thought et la religion métaphysique anglo-américaine. Les travaux récents sur l’histoire des “subtle energies” montrent justement que cette notion moderne naît du croisement de deux héritages : d’un côté les théories occulto-scientifiques européennes, de l’autre l’importation et la retraduction de termes comme prāṇa, kuṇḍalinī ou qì/ki.

Dans le secteur des thérapies alternatives contemporaines et non considérées comme scientifiques, « quantique » a progressivement glissé d’un terme de physique très précis vers un mot-symbole évoquant le mystère, l’interconnexion, la conscience et la transformation intérieure. À partir de là, « quantique » a cessé d’être seulement un concept scientifique pour devenir un label valorisant appliqué à des expressions comme guérison quantique, saut quantique de conscience, médecine quantique ou manifestation quantique. Dans ces usages, le mot ne renvoie généralement plus à des phénomènes subatomiques définis mathématiquement, mais fonctionne surtout comme une métaphore spirituelle, un langage d’autorité et parfois un outil marketing destiné à donner une apparence de profondeur ou de légitimité scientifique à des pratiques de bien-être, de développement personnel ou d’occultisme contemporain.

Pour autant il existe diverses pistes explorées aujourd’hui pour tenter de donner un cadre rationnel à la notion d’énergie thérapeutique. Sans entrer dans les détails, citons la théorie des biophotons (Fritz-Albert Popp), les biochamps, ou encore la théorie des cordes et le vide quantique. Ce sera l’objet d’un autre chapitre…

Notes: * La phénoménologie est un courant philosophique qui se concentre sur l’étude de l’expérience vécue et de la manière dont les choses nous apparaissent dans notre conscience, avant toute théorisation ou explication scientifique. ** Homéostasie : désigne la capacité d’un système, généralement un organisme vivant, à maintenir son équilibre interne malgré les contraintes et les changements qui surviennent dans son environnement extérieur.

William WADOUX
Fondateur d'Arakis Travel, auteur de "La Voie des écovillages", ingénieur de formation, sauvé par l'esprit des amérindiens, aventurier dans l'âme.

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